Un étroit couloir de terre long de quelque 4300 kilomètres, bordé à l’ouest par une côte spectaculaire parsemée d’îles curieuses, et à l’est par les fameux plateaux andins mésozoïques, aux sommets culminants, impressionnants, déconcertants… Le Chili ? Une contrée rescapée de la répression, convalescente de la violence subie au cours de son histoire récente, qui fleurit de nouveau, portée par un peuple chaleureux. Les aficionados du trekking vous le diront : le Chili est le Graal des backpackers ! Se perdre dans l’immensité de la Patagonie chilienne, entre sommets de granit, moraines, glaciers et méditations crépusculaires ? Challenge accepted ! Récit de mon incroyable voyage au Chili : trek au Torres del Paine, entre la cordillère des Andes et la steppe de Patagonie…

Santiago : paré pour la grande aventure

Déambulant nonchalamment entre les rues bruyantes de la belle Santiago, je décidai de dépoussiérer un projet qui n’a que trop traîné dans les cartons : faire du vrai trekking, seul, à l’ancienne. C’est en marmonnant des lexèmes approximatifs ponctués d’onomatopées poussives, directement inspirées de longues heures perdues à écumer les séries américaines que j’ai réservé mon billet pour Punta Arenas. Profitant de ma dernière soirée à la cité des Island Hills, j’ai érigé mon trépied au Cerro San Cristobal, à la quête d’un panorama photographique sur la ville. Une fois n’est pas coutume, point de brouillard, point de nuages. Un cliché qui conforte d’ailleurs l’idée que je n’ai de photographe que le l’appareil, mais ça, c’est une autre histoire. 6h10 du matin, j’embarque pour Punta Arenas, en réagissant à peine aux envolées funky des Earth Wind & Fire, qui me maintiennent en éveil en hurlant « down the boogie down » à travers mes intra-auriculaires. Applaudissements pour le pilote après un petit vol de 3h30. Décidément… Mon contact francophone me reçoit chaleureusement, et me conduis à l’hôtel, que je ne quitte que le lendemain matin…

Torres del Paine : le chef d’œuvre de la Patagonie

Nouveau réveil difficile. Le bus à destination de Torres del Paine croule sous le poids des sacs à dos, valises et autres nécessaires de trekking. Il parait que nous avons roulé pendant 4h30. C’est donc une sieste allongée que j’ai entrepris. Mon trek débute en douceur : charmante traversée du lac Pehoé en catamaran à midi, avec en toile de fond un panorama exquis sur les Cuernos et le Paine Grande, si j’en crois ma documentation. Il m’aura fallu quatre bonnes heures pour parcourir les 10 kilomètres qui séparent le refuge du glacier Grey, un immense champ de glace qui se jette dans le lac du même nom… Un paysage carte postale, un petit vent frisquet, qui m’accueille pour un sandwich au thon : un repas banal dans un cadre irréel. Au Refugio Grey, j’échange avec des backpackers chevronnés, qui me conseillent le pied de la Vallée Frances et son Campamento Italiano, convivial et festif. Mon troisième jour de trekking sera marqué par l’ascension de la vallée en compagnie d’un groupe d’aventuriers américains, tout droit sortis d’un Indiana Jones ! Une parenthèse de vie indescriptible, suspendue dans le temps… Une longue marche qui longe le massif nous amènera au Refugio Chileno, où un bol chaud de Delhaize nous attend. Clou d’un spectacle entamé quatre jours plus tôt, le lever du soleil sur les fameuses Torres. Je n’ai pas la sensation de découvrir la Patagonie, mais l’impression curieuse d’un déjà-vu déroutant… Une vie antérieure, peut-être ?

 

Crédit photo : Ian Carvell