Les Péruviens peuvent être fiers, et pas seulement pour la véritable razzia réalisée par leur pays aux dernières World Countries Awards qui verront le jury leur attribuer, entre autre, le titre de « Peuple le plus aimable de la planète » et du « Plus beau pays du monde ». Des ruines majestueuses du Machu Picchu au petit train zigzaguant dans les Andes, en passant par la Madre de Dios à travers la forêt amazonienne, les curiosités naturelles du Pérou sont profondément ancrées dans l’inconscient collectif. Faire fi de ces incontournables parfois exagérément touristiques pour s’engouffrer dans le Pérou profond met en exergue un constat difficilement discutable : il est certaines contrées bénies par les Dieux, choyées par Dame Nature, et le Pérou cher à Mario Vargas Llosa en fait indubitablement partie. D’aucuns érigeront la Cordillera Blanca en temps fort, d’autres se montreront dithyrambiques à l’égard du Parque Nacional de Manú. Pour l’heure, c’est vers la « Demeure de la Lune » que nous voguerons, au gré des offrandes divines et des sépultures Huaca.

Escale à la ciudad los reyes

Décidément… De Paris à Quito, de Quito à Lima, les aéroports sont les premiers témoins de « l’uniformisation effrénée » conséquente à la mondialisation. De l’omniprésence de la langue de Shakespeare à la multiplication des géants américains du fast-food, l’Aeropuerto Jorge Chavez est un aéroport comme les autres. Le seul moment « exotique » sera le processus de contrôle des bagages, qui favorise le hasard au dépens du factuel. Après une avalanche de proposition de taximen enthousiastes, nous embarquons dans une petite Daewoo Tico qui n’est pas sans rappeler la Mini orange de Mr. Bean ! Après un check-in rapide à l’hôtel, nous profitons de notre présence au centre historique de Lima, en bordure du Pacifique, pour entamer cette incursion péruvienne en douceur. Bien que sérieusement endommagée par des tremblements de terre récurrents, la « ville des rois », en pleine vallée du Rimac, diffuse une aura anachronique dépaysante, à mille lieux du centre « occidentalisé » de la capitale. A Colmena, la Plaza San Martin fait hommage aux libérateurs du pays, et se prolonge par la rue piétonne « Jiron de la Union », très mouvementée, où les commerçants vantent la rareté des antiquités qu’ils proposent à prix dérisoires. L’influence espagnole, par moment discrète, surgit des façades coloniales jaunes et or de certains édifices. Après une halte reposante dans un célèbre restaurant du coin, où nous siroterons le fameux Pisco local, notre petite ballade Liménienne prendra fin au Palacio Arzobispal, bâtiment colonial imposant réhabilité en musée, ouvrant accès à la cathédrale où repose un certain Francisco Pizarro.

Le mystère du Seigneur de Sican

Autant notre incursion au centre historique de la capitale péruvienne augurait d’un séjour mémorable, autant Chiclayo, à 770 km au Nord,  est un barnum bruyant sans dessus dessous. Particulièrement chère et peu intéressante, la ville est néanmoins le point de départ vers Ferreñafe , qui abrite le fameux musée national de Sican, littéralement « maison de la lune » en langue Muchik, idiome jadis dominant dans les hauteurs  de Pomac. A l’enceinte de ce bâtiment lambda, la civilisation Sicanienne, encore trop peu connue, livre quelques uns de ses secrets millénaires. Bien que les masques, statues, jarres, poteries et autres artefacts funéraires issus des différentes tombes des défunts autochtones fascinent par leur sophistication, la sépulture du Seigneur de Sican défie les lois temporelles et nous plonge au cœur des rites curieux d’un peuple terrorisé par la sécheresse et les séismes. Le corps du seigneur, enduit de cinabre rouge vif, se trouve en position assise, inversé. Sa tête, séparée de son corps et couverte d’un masque doré relevé de perles d’émeraude à l’effigie du dieu Sicanien, est soigneusement disposée à l’endroit, vers l’ouest. Au vu des impressionnantes offrandes disposées autour du corps, du tissu orné de quelque 2000 feuilles d’or et des couronnes d’une facture élaborée, certains anthropologues pensent que nous sommes en présence du Roi des Rois de Sican. Fascinant !

 

Crédit photo : Xuan Che