La singularité curieuse de la Reine de la Plata s’immisce jusque dans son patronyme, « Bons-Vents ». Les Portègnes vous expliqueront, entre deux gorgées de Yerba Maté à Bombilla, que la cité chère au Pape François est le fruit d’une escapade charnelle entre Paris et New York. La « Petite Paris » de l’Amérique aurait hérité du romantisme et de la grâce de sa mère, portée par ses longues allées pavées et ses grands arbres frisés, légèrement exaspérés par l’emmêlement de leurs branches et feuillages européens. De papa Apple, la petite Aires aurait récupéré l’urbanisme longitudinal, les longues artères exagérément étendues et les néons fulminants des devantures léchées de commerces trendy : un déracinement tout en douceur à travers un pont anachronique entre deux mondes… Récit de mon escapade Bonairienne, au cœur d’un joyeux barnum coloré, bercé par les rythmes syncopés d’un Tango lancinant…

Douceurs et Farniente à Buenos Aires

Les petits écoliers Argentins, impeccablement accoutrés de leur uniforme bleu marine, impriment de jolies couleurs de vie sur les trottoirs de La Boca où, confortablement installé sur la terrasse d’un café populaire, sirotant un bon licuado à la pêche, j’apprécie ce répit salvateur après un méli mélo exaspérant à l’aéroport d’Ezeiza. Joyeux, bavards, charmants et plein d’entrain, les Portègnes n’hésitent pas à vous tendre la main… A l’ascenseur, on moquera la ringardise de la musique d’attente, au supermarché, on vous conseillera le vin, au taxi, au partagera avec vous le malheur du jour, parfois dans un anglais hésitant, d’autres dans un espagnol Rioplatense exubérant. Flâner à Buenos Aires, c’est allier un sentiment de familiarité agréable à un déracinement intermittent, rythmé par les bus colectivos curieusement bigarrés et les péripéties footballistiques des aficionados de Boca Junior et River Plate, qui, excessifs mais passionnés, illustrent parfaitement le fort besoin d’appartenance des Latinos. Ici, on supporte son club de foot contre vents et marrées, on reste fidèle à son bar, à son quartier, à sa ville natale, on soutient avec ferveur les Messi, Del Porto et autres Ginobili dans un élan spontané épris d’un chauvinisme sans égal… Bondées et particulièrement animées, les nombreuses églises de la ville attirent surtout par leur pouvoir fédérateur et leur connotation communautaire, plutôt que par la spiritualité qu’elles offrent aux fidèles.

San Telmo ou la Kermesse latine

« Yo soy de San Telmo »… C’est aux mélopées langoureuses du Tango de Carlos Di Sarli que j’entrepris une petite promenade matinale de mon hôtel « Montserratien » vers le très charmant marché dominical de San Telmo. Peu à peu délaissé par la bourgeoisie locale après une épidémie de fièvre jaune à la fin du 19ème siècle, le quartier est aujourd’hui un haut lieu de culture et de littérature, où intellectuels et artistes investissent de belles demeures tombées en désuétude pour trouver le Graal de l’inspiration. Au parc Lezema, les orchestres de rue donnent le ton à des joueurs de dominos bruyants, et les coupoles bleutées de l’intrigante église orthodoxe russe, voisine du grand musée historique, finissent d’esquisser cette atmosphère curieuse aux mille et unes couleurs. Plus au nord, lorsque les brocanteurs et autres antiquaires de la place Dorrego plient bagage au coucher de soleil, les bars de San Telmo réaménagent leurs terrasses et les troubadours enthousiastes rythment les chorégraphies nonchalantes des danseurs ambulants, augurant de l’approche imminente de la night life Buenos-Airienne.

 

Crédit photo : Brainbitch