Paraphrasant Einstein, dont il est loin de revendiquer un quelconque héritage intellectuel, mon voisin d’avion lors de mon dernier circuit usa s’est autorisé un fin trait d’esprit sur le charmant sourire de l’hôtesse de l’air. Replacée dans le contexte de notre discussion antérieure, notre ami a vu juste. Les contrées du Nouveau-Monde ont toutes ce petit quelque chose, de l’anachronisme le plus dépaysant à l’urbanisme le plus déroutant. Seulement, peu d’entre elles sont restées inviolées, traversant les ères géologiques et les parenthèses guerrières sans sombrer. Dernier grand ravin avant la Bolivie voisine, la Quebrada de Humahuaca s’est porté garante devant l’éternel de la culture Omaguaca. Récit d’un voyage dans le temps, à mille lieux des sentiers battus…
Quebrada de Humahuaca

Salta : l’antichambre pluvieuse de la Quebrada

Les locaux vous le diront. La Quebrada de Humahuaca n’est pas (seulement) une simple étape des  nombreux circuits touristiques proposés par les tour-opérateurs du monde entier. Vallée fertile abondante de richesses, pont naturel multimillénaire entre l’altiplano et les plaines voisines, la Quebrada a su garder intactes les caractéristiques curieuses de la civilisation Omaguaca préhistorique, et s’érige en porte drapeau de la préservation des spécificités indigènes de par le monde. Nous entamerons notre périple de la perle des Andes, par la très charmante Salta, dont l’influence Inca se fait encore ressentir aujourd’hui, malgré des mutations urbaines majeures. De notre unique journée, nous retiendrons le Musée d’archéologie de haute montagne et ses momies incas sacrifiées, sans aucune marque de décomposition, ainsi que notre premier Locro, sorte de bouillon de viande typique du nord argentin. Le trajet en bus vers Jujuy puis vers Purmamarca nous fait craindre le pire : un brouillard épais, persistant, impénétrable… Il fait gris, il pleut par moment. Exploration compromise ?

Les villages se suivent mais ne se ressemblent pas

Une pancarte situe Purmamarca à une vingtaine de kilomètres. L’air s’adoucit, les paysages se colorent et le brouillard se dissipe. Purmamarca révèle la montagne aux sept couleurs, que des artisans imitent par des étalages de tissus multicolores soigneusement empilés. Les maisons en adobe (argile mélangée d’eau et d’une faible quantité de paille hachée), les artefacts folkloriques et le beau temps nous encouragent à aller plus loin. Après une courte escale à Maimara et sa fameuse « palette du peintre », surplombée par un cimetière intrigant, à flanc de montagne, nous prîmes la direction d’Iruya, pour laquelle les habitués se sont montrés dithyrambiques. Ushuaia, le bout du monde ? Iruya mérite encore plus cette appellation ! Au bout d’une route tortueuse, surplombant des paysages à couper le souffle, une église au toit bleu nous accueille au cœur d’une cité ponctuée d’influences indiennes et gauchos. Ici, le patrimoine culturel n’est pas un folklore que l’on ressort pour les réjouissances. Des villageois réunis en cercle chantent des Coplas, des commerçants semblent troquer du Charqui, du Chuno et du quinoa, des restaurants de fortune préparent les Empanadas, traditionnels petits chaussons au fromage et à la viande, en plein air… Un arrêt sur image candide, sans barrières ni sentiers balisés. Amen !

 

Crédit photo : @Alessandro Grussu / @Mariano Mantel