Un charme indiscret, une désinvolture déconcertante, un halo irréel… Punta Arenas cumule, à sa manière, les curiosités des villes portuaires sud-américaines. Son climat subpolaire, certes tempéré par l’effet modérateur de l’océan mais régulièrement marqué par des rafales de vent vigoureuses, n’altère en rien la témérité des pêcheurs locaux, qui voguent au gré des vagues vers d’autres horizons. Etape initialement anecdotique de mon circuit Nord-Sud chilien, Punta Arenas nous a charmés par sa nonchalance apparente et ses faux airs de ville de retraités. Récit de ma dernière halte avant les grands froids, les grands vents, le grand isolement…

Une contrée curieuse au bout du monde

Longer la fameuse Carretera australe de Puerto Montt à Punta Arenas n’a pas été de tout repos. Bien que des travaux de gros œuvre ambitieux ponctuent le trajet, il n’est pas rare voir la route se prolonger par une piste laborieuse. A la pointe du continent, face au détroit de Magellan, Punta Arenas, littéralement « point de sable », fait office de base arrière aux marins endurcis qui y préparent leurs embarcations avec le dessein de se mesurer au Cap Horn. En déambulant entre les ruelles du quartier croate, au détour de la charmante Calle Presidente Roca, la petite ville en tôle ondulée affirme son âme authentique, et appuie les impressions d’Antoine de Saint Exupéry, qui évoquait « des gens qui, à force d’avoir froid et de se rassembler autour des feux, sont devenus si sympathiques ». Au Cemeterio, principale « attraction touristique » de la ville, nous profitons des quelques rayons de soleil impromptus qui titillent la rudesse du subpolaire. Anachronique, curieusement implanté dans le décor, un restaurant aux charmes britanniques nous accueille avec un pastel de choclo gourmand et des porotos granados bien plus épicés que ceux de Santiago.

Des alentours surprenants

Encore quelques jours avant le grand périple antarctique ; l’occasion d’oser une escapade aux environs de la ville. A 7 kilomètres au nord, nous nous sommes mis au bain au musée Nao Victoria avec sa réplique grandeur nature du bateau légendaire dirigé par Magellan, qui explorera la Patagonie australe en voguant à travers le Cap des Vierges à l’entrée orientale du Détroit qui porte désormais son patronyme. Florilège d’étrangetés au Parc National Isla Magdalena, à quelque 35 kilomètres au nord-est, en plein Détroit. Un joyeux barnum inédit mêle manchots Magellan, loutres du Chili, ragondins et otaries à fourrure australe… Ce grand cirque plus vrai que nature est assurément un temps fort de mon voyage au Chili ! Retour au bercail pour une pause bien méritée au mirador du Cerro de la Cruz, devant un panorama exquis sur les maisons colorées de la ville, à une nuit de la grande aventure glacée de l’antarctique…

 

Crédit photo : Yan Boechat