S’il est un territoire foncièrement métamorphosé par les émanations socio-culturelles de la mondialisation et de l’afflux touristique soutenu qui s’en suivit, c’est bien l’atypique Costa Rica. « Pura vida », c’est l’adage local, le slogan officieux que se plaisent les Ticos à proférer dès qu’il s’agit d’évoquer la contrée chère à Christophe Colomb. Un mouchoir de poche d’à peine 50.000 km², un écrin luxuriant bordé de sable fin et de hauteurs majestueuses, une silhouette singulière que l’on distingue dès les premières incursions, en plein vol, lorsque les deux côtes deviennent visibles en même temps, séparant l’Atlantique du Pacifique. Des atouts naturels impressionnants qui n’ont que modérément motivé mon voyage costa rica. Explications…

San José : un centre urbain qui cache bien son jeu

Erigé en modèle salvateur par nos professeurs de sciences politiques et d’économie sociale, le Costa Rica brille d’abord par son modèle économique inédit : l’éducation, la santé et l’environnement trônent aux dépens d’une armée tronquée, puis définitivement supprimée. Les historiens et autres archéologues vous le diront : la civilisation précolombienne de cette nation est ce que l’Histoire postclassique a de mieux à offrir. Une nuit écourtée à l’Hôtel, au cœur de San José, à quelques minutes d’un théâtre national d’obédience Italienne, un petit « café negro », des fruits exotiques d’un autre monde, fraichement cueillis, chauffés par le soleil… « Museo del Oro precolombino, por favor ». Le taximan a l’air de comprendre mon espagnol hésitant, puisqu’il m’assène un « Vamos » dépaysant ! Dix minutes et 1100 colons Costa Ricains plus tard (environ 1.9 euros), me voici devant la Plaza de la Cultura. Des hommes d’affaires hurlant dans leurs Smartphones dernier cri, des marchands ambulants vantant leur marchandise, des jeunes skateboarders défiant les rampes de la place… Un joyeux barnum qui cache bien son jeu…

La Trinité sacrée ou le génie Inca

Sous ses airs de centre ville massivement urbain, la Plaza de la Cultura recèle jalousement « el orgullo de Costa Rica ». Le « Museo del Oro Precolombino », d’apparence externe discrète, fait office de sous-sol de la place centrale, et renferme en son sein la plus grande collection d’or précolombien au monde. Un ascenseur, une quittance raisonnable (9 Euros), un hall de bunker… et badaboum ! Des petites grenouilles à grandes pattes, des chauves souris en robe de soirée, des crocodiles marrants, des joueurs de flûtes… Drôle de façon d’accueillir des férus d’Histoire, excellent ! Loin du sérieux déprimant de nos musées aseptisés, les pièces ne sont pas entassées dans une salle quelconque. Les reliques dorées s’intègrent parfaitement dans des reconstitutions à peine romancées, relatant de manière ludique et parfois interactive les péripéties Amérindiennes de l’Histoire précolombienne. Si un pan entier de la civilisation précolombienne et Mésoaméricaine fut pillé et détruit, de nombreuses traces écrites viennent appuyer les efforts archéologiques. L’époque postclassique reste la mieux documentée. La première salle met en scène des statuettes représentant des guerriers incas, des montagnes d’or et des pièces uniques. On y apprend notamment que le Soleil est glorifié, et représente l’être suprême, qui projette ses rayons fertilisants sur la terre et les montagnes, qui donnent, à leur tour, naissance à un or d’une pureté inégalée. « Cueillir la sueur du soleil ». Telle était la principale occupation du peuple de l’Inca. L’essence même de cette civilisation s’articule autour de la trinité sacrée Soleil-Or-Sapa Inca. Fruit du « Eje del sol », l’or partage les propriétés de l’astre lumineux pour les précolombiens : inaltérabilité, brillance éternelle et objet de culte. La grande salle du musée illustre une cérémonie Inca, où les convives, tous d’or vêtus, illuminent la place grâce aux reflets des rayons du soleil et du clair de lune… Une dualité qui n’est pas sans rappeler certains traits de la civilisation égyptienne et mésopotamienne, à l’autre bout du globe…

 

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