Il est des lieux curieux, fantaisistes, enchanteurs, où les envolées imaginaires semblent défier la réalité géographique, dessinant des merveilles idylliques aux frontières du réel. L’historique Guanacaste, terre des autochtones Chorotega et contrée des magnolias, s’érige en maestro de la symphonie jouée par le feu du Rincón de la Vieja et la pureté des cours d’eau transparents. “Quand Dieu termina de peindre le ciel en bleu, il lava ses pinceaux dans le Rio Céleste”, Amen ! C’est en ces termes particulièrement mélodieux que mes compagnons de voyage réagissaient à la simple évocation du Rio Celeste, rivière  plutôt méconnue du touriste lambda. Les péripéties tropicales qui mènent à ce petit trésor turquoise valent leur pesant d’or précolombien, et se prêteraient volontiers au Soundtrack titubant de la saga Indiana Jones ! Récit d’un épisode d’Ushuaia en réalité augmentée…

San José : en attendant le plat principal

Un bras d’eau tout droit sorti d’un conte de fées. Ce furent les premières élucubrations que formula mon esprit émerveillé par la beauté de ce paysage illustrant le 2 Janvier de mon éphéméride virtuelle. « Un jour, peut-être… ». Voilà pour le flashback. Une demi-décennie plus tard, j’applaudis le pilote du Boeing atterrissant au San José Aéroport International.  Le Jet Lag nous impose un (autre) petit déjeuner copieux, avant d’élire domicile dans un charmant petit hôtel de la 13th Street, à quelques mètres du musée national, pilier du tourisme au Costa Rica. « Rio Celeste ? You’ll walk a lot », me répliqua le réceptionniste, dans un anglais parfait. Visiblement, le Rio Celeste se mérite, et c’est tant mieux. La « séance » de préparation de l’itinéraire prendra des airs d’expédition de chasse au trésor, et l’accoutrement « Tad l’explorateur » de certains touristes n’est sûrement pas étranger à ce sentiment. Une virée touristique ensoleillée nous mènera à Amon, Otoya et Soledad, vieux quartiers de San José où persistent une architecture d’un autre temps et des couleurs joyeusement flashy, puis au Musée National où les impacts de balles, témoins de la guerre civile de 1948, rappellent l’étonnante dissolution volontaire de l’armée Costa Ricaine à des fins pacifiques. Après un dîner express dans un célèbre restaurant de la rue Bertram, nous rejoignîmes notre chambre d’hôtel pour une nuit paisible…

L’éphéméride grandeur nature

Un véhicule 4×4 est un préalable indispensable à toute excursion vers le Parc National du volcan Tenorio, qui abrite le Graal de notre excursion. Après quatre heures et demie de route, ponctuées d’arrêts sur image pour apprécier le capital dépaysement de l’endroit, nous entamons, en compagnie d’un guide affecté par le Tenorio National Parc, une randonnée quelque peu athlétique sur les flancs du volcan, marquée par un parcours de 3 Km dans la forêt secondaire, où les lianes entremêlées et les arbres étrangleurs donnent l’impression d’évoluer dans un plateau de tournage. Un pont, puis un autre et… Boum ! Mon éphéméride grandeur nature, encore plus impressionnante, débarrassée de ses filtres numériques et de ses pixels… L’odeur du souffre et les bulles « Jacuzzi » rappellent la concomitance du volcan, et la chute de 30 mètres convainc les plus sceptiques de l’incommensurable créativité de Dame Nature. Plus que la beauté de la cascade, c’est la teinte bleue pailletée de la surface qui fascine. Bien qu’on se plaise à attribuer la couleur céleste de l’eau du Rio Celeste aux « pinceaux de Dieu », une explication plus terre à terre justifie ce curieux phénomène : ce n’est qu’une simple réaction chimique entre le soufre volcanique et le carbonate de calcium. Pour vos séances de « Storytelling », préférez la version du miracle divin ! En remontant le cours de la rivière, la couleur de l’eau s’éclaircit, comme pour baliser le chemin vers une ultime destination…

 

Crédit photo : The Rohit