Lorsqu’à la fin du 19ème siècle, l’Amérique battait du pied au rythme des marches militaires, la Nouvelle-Orléans dansait aux vibrations des syncopes vaudous et autorisait les esclaves à arborer des tambours africains dans un élan pacifiste inédit pour le Nouveau Monde. C’est ici que le tonnerre brillant des cors d’harmonie d’Europe s’est joint aux grondements troubles des percussions africaines et à la solennité des mélodies chrétiennes pour enfanter un Jazz sauvage et jubilatoire… Un voyage à la Nouvelle Orléans lors de vacances usa, pour l’aficionado du Jazz que je suis a naturellement pris des allures de pèlerinage, et pour cause. Ne dit-on pas que l’eau est plus pure à la source ?

What a wonderful world !

Véritable cœur français battant la chamade en terre US, la Nouvelle Orléans m’a immédiatement accroché par son architecture latino-créole, ses boîtes de Jazz vintage, ses antiquaires mitoyens à ses vieilles cathédrales… Au cœur de l’Amérique Impertinente, on n’a d’yeux que pour la cuisine et la musique. La première sacralise la mer sous influence créole, cajun et africaines, et la seconde se rencontre à chaque coin de rue. Festif, libertaire et cérémonial, le Jazz à la sauce Néo-Orléanaise fait la part belle au Blues du Mississippi et au fameux Ragtime à la Scott Joplin, et se distingue du Jazz de Chicago par ses contrepoints rythmiques ponctués de glissandi astucieux, comme me l’a fièrement expliqué un joyeux troubadour de la Bourbon Street … En définitive, la ville n’est qu’une immense scène où s’ébrouent aussi bien des Brass bands bien rôdées que des formations éphémères, parfois insolites, dans un joyeux barnum à ciel ouvert. J’ai trouvé un malin plaisir à flâner sous les balcons en fer forgé du French Quarter, en tendant l’oreille aux mélodies pentatoniques d’un be-bop entêtant, et en me laissant tenter par des achats improbables aux boutiques rétro farfelues de la Magazine Street. Je sirote un Sazerac typique, je me détends, avant d’embarquer dans un tour de grand huit, sur les traces du Big Bang Jazzy…

Des références à chaque coin de rue

Arrêter une liste concise des « Jazz Checkpoints » de la Nouvelle Orléans relève du blasphème, tant les références sautent aux yeux à chaque coin de rue. Néanmoins, certaines escales restent incontournables :

  • The Spotted Cat : 623 Frenchmen St.

Quintessence ultime de la Nightlife Néo-Orléanaise, le club mythique de la rue Frenchmen accueille des jazzmen de renom pour des Jam Sessions uniques au monde. Il n’est pas rare d’y croiser des dinosaures de la trempe de Herbie Hancock ou d’Allen Toussaint.

  • Louisiana Music Factory : 210 Decatur St.

Des microsillons noirs accrochés au trépied d’une contre-basse centenaire, les froissements de cellophane et l’enchâssement des vinyles sur la platine d’un tourne-disque ridé… Des milliers de références historiques rythmeront votre visite à la légendaire Music Factory…

  • The New Orleans Jazz & Heritage Festival

Si vous avez la chance de séjourner en Louisiane au printemps, vous avez décroché le Jackpot ! Quatorze grandes scènes thématiques témoignent annuellement du passé musical et gastronomique de la Nouvelle-Orléans.

  • The Old U.S Mint

Extension du Musée de Louisiane, le Old Mint a subit de plein fouet les foudres de l’Ouragan Katrina. Après deux ans de rénovation, ce lieu culturel abrite aujourd’hui des trésors inestimables : la trompette de Louis Armstrong, la clarinette de Buster Bailey ou encore le banjo de Johny Saint-Cyr. Des lectures de l’histoire du Jazz sont également organisées quotidiennement dans l’antre du Mint.

Crédit photo : Flickr / Kata Rokkar